Voici des nouvelles de Lucie, notre tourdumondiste. On la retrouve au Paraguay où elle a fait une rencontre étonnante et s’est retrouvée dans une communauté japonaise au milieu de nulle part.

Billet rédigé par Lucie Aidart

En tour du monde, les rencontres s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Elles sont parfois dues au hasard. Parfois aussi, il faut les provoquer. De l’Argentine, je suis partie en bus en direction du Paraguay, sans destination précise. C’est la première fois que je partais ainsi vraiment au hasard, sans programme, ni destination finale. J’avais prévu de prendre ma décision à la gare routière de Ciudad del Este en fonction des bus de nuit disponibles. J’ai vraiment fait le bon choix ce jour-là.

Dans le bus à destination du Paraguay, il y avait de nombreux locaux et deux Japonais. J’ai toujours eu une fascination pour le Japon et il ne me fallut pas longtemps pour me décider à les aborder.

 

“Vous venez d’où?”

“Du Japon. Et toi?” Ah je ne m’étais pas trompée…

“De France. Vous allez où?”

“Un petit village sur la route de la capitale, au kilomètre 41. Et toi?”

“Je ne sais pas trop, Asuncion ou Conception selon les bus. Ca vous dit que l’on essaye de trouver un distributeur de billets et la gare routière ensemble?”

 

Et de cet échange découla une des plus belles rencontres et des plus belles aventures de ce voyage…

Tout en cherchant de l’argent et la gare, nous eûmes le temps de discuter. Il y avait donc Yumeko, une jeune Japonaise en voyage en Amérique du Sud pour trois mois, avec un anglais impeccable et Masa, un Japonais à l’anglais balbutiant, mais au coeur d’or en tour du monde à durée indéterminée. Il se rendaient  dans une communauté japonaise dans un coin paumé du Paraguay. Après leur avoir posé quelques questions, je décidais de me joindre à eux. Ils hésitèrent un peu, m’expliquant qu’il n’y aurait que des Japonais et probablement peu de gens parlant anglais. Il en faut bien plus pour me faire peur et pour moi, c’était comme aller au Japon avant l’heure: un rêve!

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Le bus local nous dépose dans une petite bourgade, auprès d’une station essence. Quelques bâtiments, du sable rouge à perte de vue, une chaleur intense et quelques signes japonais par-ci par-là. Nous trouvons rapidement la Pension Sonoda. L’accueil par le propriétaire est mitigé, la pension est réservée aux Japonais et il tient à être sûr que je sois une amie de Yumeko et Masa avant de m’accepter. Des mots rassurants de la part de Yumeko et mes balbutiements en japonais et espagnol finiront par le convaincre.

Il y a de nombreux jeunes voyageurs japonais dans la pension, mais bien sûr il n’y a aucun étranger. Je suis accueillie très chaleureusement par tout le monde et je me sens très à l’aise, même si souvent les conversations se font en japonais, car très peu sont ceux qui maîtrisent l’anglais et encore moins l’espagnol. Ils s’avèrent que lorsque les jeunes Japonais voyagent en Amérique du Sud, ils aiment aller dans des pensions japonaises pour rencontrer d’autres jeunes Japonais. Par contre, ils étaient vraiment ravis de me rencontrer et de pouvoir parler un peu espagnol et anglais avec moi et d’avoir un échange culturel.

Nous nous trouvions au Kilomètre 41 de Colonia Yguazu, dans une petite communauté paraguayenne-japonaise. Un certain nombre de Japonais ont émigré au Paraguay après la Seconde Guerre mondiale pour commencer une nouvelle vie et y sont restés. C’est pour cela que l’on trouve plusieurs communautés similaires au Paraguay, de Japonais-Paraguayans qui vivent en harmonie avec leurs deux cultures. C’est un endroit fascinant. La population est mixte et parle souvent espagnol, japonais et guarani. Il y a toutes sortes de nourritures japonaises dans les supermarchés, un karaoké, des restaurants japonais, des monuments japonais et un même un petit musée contant l’histoire de ce lieu. Les quelques jours passés ici se déroulèrent dans la chaleur et la tranquillité de la pension. Chaque journée s’écoulait tranquillement au fil de discussions, d’apéritifs, de repas et de siestes à l’ombre. Mes nouveaux amis me chouchoutèrent et me préparèrent plein de petits plats japonais. Nous sommes aussi allés à un restaurant de nouilles japonaises, nous sommes baignés dans une rivière, avons fait un apéritif dans un champ de soja, avons visité le musée local et admiré un magnifique coucher de soleil. Le dernier jour était mon anniversaire et ils me préparèrent un barbecue, un gâteau et m’offrirent d’adorables cadeaux et petits mots. Cela me toucha beaucoup.

M. Sonoda, le propriétaire de la pension a émigré au Paraguay quand il était bébé. Sa vie est ici et il occupe une place importante dans la communauté. Il ne se voit pas vivre ailleurs qu’au Paraguay. Son fils s’occupe de la pension et également de tours organisés dans la communauté pour des Japonais. Il nous a avoué qu’il n’y a pas grand chose à faire dans le coin, à part prendre l’apéritif et se baigner dans la rivière. Son neveu gère tout l’aspect pratique de la pension et aide le fils.

A la pension, il y avait beaucoup de Japonais de divers milieux et avec des buts différents. Il y avait Suzuki, un jeune homme venu passer plusieurs semaines dans la pension pour photographier la communauté. Il se rend de communauté en communauté pour photographier et s’imprégner de la culture. Il y avait aussi Ryohei, un jeune peintre de passage. Il y avait un autre jeune homme, avide de pratiquer son espagnol avec moi. Il y avait Yumeko, intéressée par la culture du coin et se reposant avant de repartir sur la route. Il y avait Masa, venu se poser pour quelques semaines et s’imprégner des lieux, en voyage depuis de nombreux mois après la perte de sa famille à Fukushima. Il y avait aussi d’autres jeunes, en transit avant le Brésil, venus faire leur visa, se reposer et manger japonais avant de repartir. Bref, c’était une galerie de personnages incroyables et je suis si heureuse et touchée d’avoir pu partager ces quelques instants avec eux et d’avoir eu une fenêtre sur leur vie.

Si jamais vous passez dans le coin, n’hésitez pas à leur dire bonjour et pourquoi pas à déguster un repas typiquement japonais!

 

Vous pouvez retrouver Lucie sur son blog Voyages et Vagabondages.

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